(USA) 1-929-312-0328 infos@haitimedia.com

Le départ d’un colosse au cœur tendre

Source Emmelie Prophète / emcoralie@yahoo.com | Le Nouvelliste

 

 

Il avait choisi de rester jeune, flamboyant ; la vieillesse et la mort n’ayant rien d’artistique, encore moins d’esthétique. On ne l’imaginait même pas malade. Un disque récent, des projets. Et pourtant. Boulo Valcourt – Henriot Valcourt, 71 ans – nous a quittés. Il était timide sous ses airs joyeux, on le remarquait en engageant la conversation avec lui. Il a fait partie des plus beaux moments musicaux de nos vies, comme chanteur du groupe Caribbeen sextet, comme chanteur solo sublimant “La pèsonn” de Syto Cavé qui est devenu un classique du répertoire haïtien. Combien de fois avons-nous fait le voyage avec lui en écoutant « La Gonâve », un texte et une mélodie qui n’ont existé qu’avec sa voix, comme “Laviwonn dede”, au milieu des années 80.

Boulo Valcourt a incarné ce qu’il y a de plus fini, de plus travaillé dans la culture populaire, ce qui est à tout le monde mais qui dépasse tout le monde.

Boulo aimait la vie et ses petits plaisirs, manger, rire, discuter de musique, peindre. Quelques chanceux parmi ses amis ont des portraits, des paysages qu’il peignait et offrait, comme savent le faire les enfants aimants et reconnaissants. Ce colosse au cœur tendre savait jouer sur divers registres et était comme une mémoire des époques, de moments qui ne peuvent pas disparaître parce que la beauté est têtue, parce que sa voix pouvait dégivrer le temps pour nous laisser à la seule jeunesse qui vaille: celle où l’on se permet de rêver et d’oser vivre son rêve.

Nous avons chacun un Boulo Valcourt à raconter parce que personne ne chantera comme lui “Fè van pou mwen”, « Lanmou se pa yon plezantri » et ne gardera la note comme lui pour faire vivre la poésie, la poser doucement sur nos bouches et nous faire chuchoter avant de nous entraîner sur la piste de danse avec “La vi mizisyen” ou « Tant Nini ».

La critique n’a pas encore écrit que parmi les meilleures rencontres contemporaines d’artistes haïtiens il y a eu celle réunissant Boulo Valcourt, Azor, Eddy Prophète, accompagnés de musiciens japonais, sur scène à Tokyo, grâce à Marcel “Bob” Duret, alors ambassadeur d’Haïti auprès de l’Empire du Japon. L’héritage de Boulo est énorme.

Syto Cavé dit que le départ de Boulo Valcourt va laisser un grand trou dans le paysage. La mort de l’autre, celui, celle qu’on aime, nous laisse plus fragiles et plein de questions. Le titre de l’album de Boulo Valcourt, « Ça fait mal au cœur », sorti en janvier 2016, nous prête les mots pour dire ce que nous ressentons aujourd’hui. Merci Boulo d’avoir chanté nos vies, d’avoir été et de rester notre mélodie, notre poème.

Les funérailles de Boulo Valcourt seront chantées à New York le mardi 29 novembre.

About the Author

Leave a Reply

*