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« Les cambriolages sont récurrents au tribunal de Port-au-Prince, mais aucune suite n’est jamais donnée », selon le greffier Ainé Martin

Au tribunal de première instance de Port-au-Prince, le cambriolage devient une pratique récurrente. Des pièces à conviction et plusieurs corps du délit de grande importance pour des dossiers d’envergure nationale ont été volés à plusieurs reprises. Le dernier cas relayé par les médias concerne l’enquête sur l’assassinat de l’ancien bâtonnier Monferrier Dorval, où une partie du corps du délit a été emportée sans aucune trace classique d’effraction. C’est devenu presque une habitude désormais dans cette juridiction où l’on traite souvent des grands dossiers. C’est ce qu’a confirmé Me Ainé Martin, président de l’Association des greffiers, sur le plateau de l’émission « Haïti, Sa K ap kwit », lundi 26 octobre 2020.

Des cas de cambriolage gangrènent l’appareil judiciaire depuis des lustres. Mis à part le greffe central, plusieurs autres chambres d’instruction, des bureaux de plusieurs juges (magistrats du système) ont été de cambriolé. Jusqu’ici, aucune suite n’a été donnée. Aucune responsabilité n’a vraiment été fixée. « Les juges préfèrent garder le silence, en raison de leur obligation de réserve », confie le greffier Ainé Martin,

Durant la même période où l’on a constaté le vol des pièces dans le cadre du dossier de l’assassinat de Me Dorval, plusieurs autres bureaux ont été visités par les voleurs selon le greffier, qui évoque une légèreté à ce niveau.  « Dans cette chambre d’instruction, dès qu’il s’agit de traiter un dossier où il est question d’argent ou d’armes à feu, il y aura cambriolage », révèle Ainé Martin, soulignant l’irresponsabilité des concernés.

Le tribunal, le parquet de Port-au-Prince, la cour d’appel et d’autres bureaux de magistrats enregistrent des cas de vol de pièces importantes souvent sans aucune effraction. Au début de l’année 2020, pas moins de cinq millions de gourdes ont été volées dans le bureau du doyen du tribunal. Il y a eu également le vol d’un ordinateur contenant la base de données de dossiers sensibles au parquet, se souvient Me Ainé Martin.

Au tribunal, des cas de vol de camions d’essence, de batteries de motocyclettes, batteries d’inverter ont été enregistrés. Aucune suite n’a toutefois été donnée sur ces cas. On garde le silence, déplore le greffier, évoquant « un scandale sur toute la ligne ».

Dans le cadre du dernier cambriolage concernant l’assassinat de Monferrier Dorval, un des greffiers détenant une des clés du greffe aurait été indexé. Une situation qui a poussé ses confrères à adresser une lettre au ministère de la Justice. Dans leur lettre, ils évoquent plusieurs cas de cambriolage, sans effraction survenus au sein du tribunal de première instance de Port-au-Prince. Selon eux, c’est à la justice de faire son travail en menant convenablement une enquête devant déterminer les vrais coupables.

 Pour Me Ainé Martin, on ne doit pas tout mettre sur le dos de son collègue qui ne doit pas devenir « un bouc émissaire, un fusible ». « Nous avons écrit au ministère pour qu’il mène une enquête afin de déterminer les coupables », insiste le président de l’Association des greffiers, qui a révélé, au passage, que certaines autorités lui en veulent parce qu’il  a exposé certaines anomalies du système.

Soulignons que le commissaire du gouvernement a.i. de Port-au-Prince, Me Gabriel Ducarmel, a demandé à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) de conduire une enquête dans le cadre de ce cambriolage.

Worlgenson Noël
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