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Droits humains : Marie Rosie Auguste Ducénat et Gédéon Jean passent l’année 2020 en revue

Ce ne sera pas dans le secteur des droits humains que le pays aura obtenu des notes positives pour l’année 2020.  Au contraire, cette année a été marquée par la dégradation systématique de la situation des droits humains dans le pays. Selon l’analyse de l’assistante de programme du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) qui soutient que tous les « indicateurs sont au rouge ».  

Marie Rosie Auguste Ducénat note des cas de violations systématiques des droits à la vie, à la sécurité et à la garantie judiciaire de la population. «  Au RNDDH, nous avons recensé pas moins de 185 assassinats lors de plusieurs massacres et attaques armées dans des quartiers défavorisés. Parmi ces 185 victimes figurent vingt-cinq femmes et cinq enfants », dénombre Marie Rosie Auguste Ducénat. Elle fait état de plus de 600 victimes d’autres actes d’insécurité à travers le pays durant les douze derniers mois.  

Concernant les actes de kidnapping, l’assistante de programme du RNDDH n’avance pas de chiffres. « Toutefois  les estimations les plus gentilles font état de quatre personnes par jour », indique-t-elle. Même les policiers n’ont pas été épargnés des actes d’insécurité au cours de l’année 2020. Au moins trente-cinq policiers ont été tués de janvier à aujourd’hui, selon Marie Rosie Auguste Ducénat.   

Si le droit à la vie des citoyens qui sont libres de leur mouvement n’a pas été respecté, qu’en est-il des prisonniers ?  «  Au moins 106 détenus en attente de jugement ont rendu l’âme dans les centres pénitentiaires », d’après des chiffres évoqués par l’assistante de programme du RNDDH.  

80% de ceux qui sont en prison attendent encore leur jugement. Or on enregistre de nombreuses grèves au niveau de l’appareil judiciaire, selon Marie Rosie Auguste Ducénat. « Cela donne une idée en matière du droit à la garantie judiciaire pour l’année 2020 », fait-elle remarquer. Mais il n’y a pas que les détenus qui soient les seuls concernés, ajoute-t-elle, avant de mentionner d’autres justiciables qui n’ont pas pu avoir normalement accès à la justice.

L’année 2020 a été très meurtrière pour les enfants, ajoute Marie Rosie Auguste Ducénat. Elle rappelle l’incendie de l’orphelinat « Compréhension de la Bible » le 13 février 2020 au cours duquel quinze adolescents ont été tués. Elle regrette que les autorités ne fassent pas encore la lumière sur ce drame jusqu’à présent. Marie Ducénat rappelle aussi le cas de Meridjouna Fleurimond et celui de Godson Joseph, deux bébés de huit et de cinq mois qui ont été assassinés par des bandits armés, respectivement à Cité Soleil et à Ganthier. Marie Rosie Auguste Ducénat rappelle par ailleurs le cas des adolescents Mamoune Régis au Cap-Haïtien, Jimmy Telson à Port-au-Prince qui ont tous été tués par balle.

Il n’y a pas que les droits à la vie, à la sécurité et à la garantie judiciaire de la population qui n’aient pas été respectés. Ses droits politiques ont aussi été foulés aux pieds. Marie Rosie Auguste regrette que de nombreuses manifestations organisées par des groupes de la société civile aient été réprimées violemment pas les forces de l’ordre.  «  Cette année, la notion de zones stériles où on ne peut pas manifester a fait son apparition », souligne la militante stupéfaite.

Rappelant les difficultés rencontrées par les policiers qui voulaient mettre sur pied un syndicat au sein de la PNH, Marie Rosie Auguste Ducénat signale par ailleurs que la liberté d’association n’a pas été respectée cette année.  Elle critique le chef de l’Etat qui n’a organisé aucune élection et qui depuis un an dirige par décrets. Elle y voit une violation du droit de vote du citoyen.  

En ce qui a trait aux droits à la santé, à l’éducation, à l’alimentation, nous avons observé une catastrophe, selon Marie Rosie Auguste Ducénat avec luxe de détails. Elle reconnait que la violation de ces droits n’a pas été constatée qu’en 2020. «  Mais cette année, souligne-t-elle, la situation s’est davantage dégradée ».

La militante des droits humains dénonce en outre l’opacité dans la gestion des fonds décaissés dans le cadre de la bataille contre le coronavirus.   

La non-tenue des élections qui auraient dû avoir lieu en octobre 2020 pour que le 7 février 2021 il y ait un nouveau président élu est une autre violation du droit de vote du citoyen, a enchaîné Me Gédéon Jean du CARDH, qui critique le chef de l’Etat qui s’autoproclame à la fois président, sénateur et député. Il accuse les autorités qui sont animées, selon elle, de mauvaise foi. Ces dernières ne sont pas non plus à la hauteur de leur mission,  toujours selon Gédéon Jean, qui croit qu’on ne peut pas parler de droits humains aujourd’hui en Haïti.

Vu toutes ces caractéristiques des dirigeants haïtiens, le militant des droits humains déclare qu’il revient à la population de prendre ses responsabilités en organisant des « mouvements de revendication sur la base des mécanismes démocratiques ».

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