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Les Haïtiens livrés à leurs problèmes, le gouvernement ne s’occupe que de ses problèmes

Patrick Thébaud, 57 ans, agent maritime, passionné de sport automobile, a tenté de fuir les assassins qui l’ont pris en chasse. Mais arrosé de balles, son véhicule, une Lexus blanche blindée, immatriculé BB-71312, s’est immobilisé à la rue Martin, presqu’à l’angle de Bois-Patate, avec deux pneus crevés.

Touché d’une balle à la tête et par deux autres au flanc gauche, Patrick Thébaud, père de trois enfants, est mort, a confié au Nouvelliste le juge de paix de la section Sud, James St-Jean. « Nous avons constaté plusieurs impacts de balles dans la vitre de la portière du conducteur et avons récupéré 12 douilles de calibre 7,52 milimètres sur la scène de crime », a-t-il poursuivi, soulignant que les assassins ont utilisé des armes de gros calibre.

« On peut supposer que la victime tentait de fuir des ravisseurs », a avancé le juge James St-Jean. Pour le moment, le journal peine à savoir si des personnes ont été enlevées dans ce secteur, en pleine heure de pointe. Des témoins ont décrit avec effroi les rafales d’armes automatiques entendues pendant la chasse à l’homme contre Patrick Thébaud.

Un peu plus tôt dans la journée, les Américains ont déconseillé à leurs ressortissants de visiter Haïti. Le département d’État américain, dans son avis aux voyageurs, maintient Haïti dans la catégorie 4 qui regroupe ces pays où il ne faut pas voyager à cause des kidnappings, des crimes, des troubles sociaux et de la covid-19.

Les kidnappings se répandent et parmi les victimes, il y a régulièrement des Américains. Les kidnappeurs peuvent avoir une planification sophistiquée ou peuvent prendre avantage des opportunités qui se présentent. Ils ont même attaqué des convois, indique un avis voyageurs qui soulignent que les familles des victimes de kidnapping ont dû payer des milliers de dollars, lit-on dans cet avertissement sévère qui intervient alors qu’Haïti refait les manchettes de la presse internationale.

Comme souvent, ce n’est pas pour de bonnes nouvelles mais à cause d’affreux jojos, Kalachnikov, Galil et autres fusils d’assaut en main qui écrivent, jusque dans les marges, l’histoire d’un quotidien de plus en plus insoutenable pour la population.                                                     

En France, les chaînes d’information en continu font le point sur le kidnapping, dimanche, de sept religieux dont 2 ressortissants Français par le gang 400 Mawozo, à La Tremblay, à Croix-des-Bouquets. Les sept religieux et trois autres personnes enlevées se rendaient à l’installation du père Jean Arnel Joseph comme curé de l’église de Galette-Chambon, une section communale de Ganthier, à l’est de Port-au-Prince.                               

En kidnappant des religieux, 400 Mawozo, coutumier des enlèvements et des attaques sanglantes contre les usagers de la route internationale qui relie Haïti et la République dominicaine, a franchi un cap en Haïti. Nos kidnappeurs ont confirmé, après les rapts le jeudi saint d’un pasteur et de trois fidèles lors d’un service religieux retransmis en direct sur les réseaux sociaux, qu’ils se moquent de Dieu et de ses serviteurs. Ils n’ont aucun respect pour des lieux de culte.    

Le président Jovenel Moïse, qui s’est exprimé après cette nouvelle vague de kidnappings, a appelé à l’unité dans la lutte contre « ce fléau », « cette catastrophe ». « Je suis conscient que l’État doit faire plus d’efforts dans la bataille contre cette catastrophe que sont le kidnapping et le crime organisé dans le pays. C’est pour cela que je passe toujours des instructions aux autorités concernées pour faire preuve de plus de vigilance et d’intelligence dans leur combat contre ces fléaux », a expliqué le président Jovenel Moïse, en milieu de journée à l’inauguration de nouveaux locaux de la douane.

Si entre-temps l’attaque du Premier ministre Joseph Jouthe qui a accusé la presse de fournir une plateforme aux bandits fait de petites vagues, il soutient sa mesure d’enlever les teintes de véhicules. Simpliste et étanche, Joseph Jouthe a soutenu que ceux qui sont contre cette mesure sont dans le camp des bandits.

En début de journée, lundi, alors que la nouvelle du rapt de sept religieux dont deux ressortissants français faisait la une de l’actualité, le directeur général de la PNH, Léon Charles, était en tournée dans les Nippes, selon un tweet de la Police nationale d’Haïti.

Par ailleurs, ce régime maintient sur le feu le fer du référendum, loin d’être un souci comme le sont l’insécurité et les kidnappings. Sur ce front, le ministre chargé des élections, Mathias Pierre s’est quelque peu fait remonter les bretelles par le congresman Gregory Meeks, président de la commission Affaires étrangères du Congrès.

« J’ai rencontré brièvement le congresman @repGregoryMeeks à Miami hier et j’ai compris qu’il a eu de mauvaises informations sur le processus de la nouvelle Constitution, pensant qu’il faut un Parlement pour cela. Nous allons lui fournir les bonnes informations », a tweeté Mathias Pierre, le ministre délégué aux Questions électorales, dimanche 11 avril 2021. M. Pierre a accompagné de tweet de deux photos prises debout avec Meeks dans ce qui semble être le lobby d’un hôtel.

En réaction, le congresman Gregory Meeks, président de la commission des Affaires étrangères n’est pas allé avec le dos de la cuillère en citant le tweet de Mathias Pierre. « L’actuel gouvernement a un déficit de crédibilité pour réaliser un référendum constitutionnel et il n’a rien fait pour inclure la société civile et le Parlement dans le processus de rédaction », a tweeté Meeks, lundi 12 avril 2021. « À l’audition du mois dernier, un panel bipartisan s’était mis d’accord que le référendum du mois de juin ne serait pas légitime et utile. Les témoins ont indiqué que le référendum proposé viole la Constitution haïtienne et constitue une tentative pour consolider le pouvoir aux mains de l’exécutif », a également tweeté Meeks.

Alors que les jours passent et charrient leurs lots de drames, de craintes pour l’avenir de plus en plus sombre, il devient évident que la population est livrée à elle-même, en sacrifice. La PNH est divisée et affaiblie, alors que Joseph Jouthe a un sérieux problème à garantir la cohésion gouvernementale, essentielle à un tant soit peu d’efficience.

Roberson Alphonse
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