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Haïti – ONU : Déclaration Helen La Lime sur la situation d’Haïti devant le Conseil de sécurité

Haïti - ONU : Déclaration Helen La Lime sur la situation d’Haïti devant le Conseil de sécurité

Mme Helen La Lime, Représentante Spécial en Haïti du Secrétaire Général de l’ONU António Guterres, a fait une déclaration sur Haïti lors de la session du Conseil de sécurité sur le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) le 5 octobre 2020, déclaration que nous publions dans son intégralité et que nous vous invitons a partager.

Déclaration d’Helen La Lime :

« Monsieur le Président, distingués membres du Conseil,

C’est un honneur d’avoir l’occasion de vous faire le point sur la situation en Haïti, à la veille du premier anniversaire du départ des troupes de maintien de la paix du pays et de la création du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti. Au cours de ses douze premiers mois de fonctionnement, le BINUH s’est efforcé de s’acquitter de son mandat en cherchant, entre autres, à créer un environnement propice pour que les secteurs clés de la société haïtienne sortent de l’impasse dans laquelle le pays est actuellement installé et le mettent sur un chemin vers la stabilité à long terme et le développement durable.

Néanmoins, alors que nous nous réunissons aujourd’hui, Haïti lutte à nouveau pour éviter le précipice de l’instabilité. L’appréhension de l’avenir est de plus en plus palpable, mais surtout depuis l’assassinat choquant, le 28 août, du président du Barreau de Port-au-Prince, Monferrier Dorval, un magistrat respecté dont le meurtre incarne pour beaucoup la faiblesse de l’état de droit dans le pays. Le meurtre de Maître Dorval constitue une perte tragique pour la société haïtienne car il a représenté un exemple d’engagement civique et d’engagement pour la promotion de l’état de droit. Au cours des derniers mois, les troubles parfois sous la forme de violentes manifestations, sont devenus de plus en plus répandus, et les perceptions d’insécurité sont devenues de plus en plus aiguës. Les gangs continuent de contester l’autorité de l’État, en particulier dans les quartiers les plus peuplés de Port-au-Prince, et un groupe marginal de policiers mécontents se faisant appeler «Fantom 509» a, avec ses adeptes, semé le désordre dans la capitale le plusieurs occasions.

Alors que la police et les autorités judiciaires s’efforcent de relever leurs défis persistants pour répondre aux demandes légitimes de sécurité et de responsabilité de la population haïtienne, la violence persiste et les violations des droits de l’homme continuent d’être commises. La perception généralisée de l’impunité que suscitent ces dynamiques ne peut être contrebalancée qu’en veillant à ce que les droits des victimes de violations des droits humains soient respectés et que les auteurs soient tenus de rendre des comptes.

Bien que la Police nationale haïtienne ait constamment prouvé sa compétence opérationnelle depuis qu’elle assumait seule la responsabilité d’assurer la sécurité sur tout le territoire haïtien, elle aurait besoin d’au moins 10 000 policiers supplémentaires bien formés et équipés pour répondre aux normes de police internationalement acceptées et renforcer sa capacité à assurer la sécurité. des services de police professionnels et respectueux des droits de l’homme à la population. Si, au fil du temps, elle a réussi à inverser les tendances négatives telles que la forte augmentation des homicides et des enlèvements observées ces derniers mois, la PNH doit être financée et équipée de manière adéquate par son gouvernement pour surmonter ses lacunes récurrentes et continuer à se développer pour ces normes internationales.

De même, alors que des progrès ont été accomplis vers la mise en œuvre de la Commission nationale pour le désarmement, le démantèlement et la réintégration – l’organe d’État chargé de coordonner les efforts visant à réduire les activités des gangs, un soutien continu ainsi qu’une détermination politique inébranlable et une action décisive seront nécessaires pour veiller à ce que la Commission soit capable de s’acquitter de ses tâches alors que le gouvernement s’apprête à adopter une stratégie nationale DDR / CVR et intensifie ses efforts pour lutter contre la prolifération des armes et des munitions illicites.

Monsieur le Président,

L’histoire contemporaine d’Haïti a démontré à maintes reprises que la polarisation politique aiguë et la faiblesse des institutions de l’État sont des catalyseurs de la violence. Depuis que je me suis adressé à ce Conseil en juin, plusieurs initiatives gouvernementales, notamment en matière de réforme économique et de gouvernance, ont pris de l’ampleur malgré quelques critiques internes. Un nouveau code pénal a été promulgué; certains éléments dont les deux prochaines années seront l’occasion de peaufiner afin de construire un consensus autour d’un texte que tous les Haïtiens pourront adopter. Enfin, la récente nomination par le président Moïse d’un nouveau Conseil électoral provisoire a suscité de vives réactions de la part de segments de la société haïtienne, dont la Cour de cassation; prétendument en raison du manque de représentativité de l’organisme et de l’ampleur de la mission qui lui a été confiée.

Le manque persistant de confiance entre les forces politiques fait obstacle à tous les progrès, sauf le moindre, sur les priorités qui avaient précédemment recueilli un large consensus dans l’ensemble du spectre politique, comme la nécessité d’entreprendre une réforme constitutionnelle pour mieux refléter les réalités haïtiennes actuelles et remédier aux principales lacunes la Constitution de 1987 avant la tenue de nouvelles élections. Alors même que la fenêtre pour concevoir un processus acceptable pour tous se referme rapidement, de nombreux acteurs politiques considèrent la formation d’un consensus politique et la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale comme essentielles à un environnement propice aux élections participatives.

Alors que le pays se prépare à entrer dans un nouveau cycle électoral, il est primordial que les aspects clés du processus électoral, tels que le cadre et le calendrier électoraux, soient traités afin de réduire le risque d’élections contestées et de nouvelles violences. Alors que le BINUH continuera à impliquer les parties prenantes nationales, j’exhorte les États membres à amplifier leur soutien à un processus qui, s’il est correctement géré, contribuera à garantir que les sondages en retard renouvellent le leadership élu d’Haïti, conduisent à une plus grande représentation des femmes dans la vie politique, et revigorer le contrat social entre les citoyens haïtiens et l’État.

Distingués membres du Conseil,

Bien que moins virulente en Haïti que prévu initialement, la pandémie du COVID-19 semble avoir aggravé les effets déjà débilitants de près de deux ans de troubles politiques sur l’économie du pays. Le déclenchement de l’urgence sanitaire au printemps a mis un terme à toute reprise économique potentielle, et depuis lors, la situation ne fait que se détériorer davantage. Malgré une augmentation des envois de fonds et le succès récent des mesures de renforcement de la monnaie nationale, les ménages de tout le pays ont vu leurs revenus baisser tandis que les prix des produits de base ont fortement augmenté, entraînant ainsi une nouvelle augmentation de l’insécurité alimentaire. Les investissements dans les secteurs critiques de la fabrication et de l’agriculture ont stagné, entraînant la perte de milliers d’emplois. Dans l’ensemble, l’impact intérieur de la pandémie, ainsi que l’effet qu’elle a eu sur les économies des partenaires commerciaux essentiels, contribueront probablement à ce qu’Haïti connaisse une autre année de récession.

Pour contrebalancer les effets de la crise multidimensionnelle prolongée et pour revitaliser l’économie, le Gouvernement a l’intention de lancer un plan triennal de relance économique post COVID-19 fondé sur la stimulation de la production et des exportations nationales par la diversification économique, le soutien aux petites et les moyennes entreprises et les investissements dans les secteurs de l’énergie et de l’agriculture. De même, grâce à la mise en œuvre de la politique nationale de protection et de promotion sociale récemment adoptée, il cherchera à renforcer les filets de protection sociale et à améliorer la fourniture de secours aux plus vulnérables, une entreprise qui serait sans aucun doute renforcée par une augmentation des niveaux de financement des donateurs pour une assistance humanitaire.

Monsieur le Président,

Par-dessus tout, c’est la capacité des classes politiques et économiques d’Haïti à faire des compromis et à résoudre leurs différends sans recourir à la violence, ainsi que la capacité des institutions naissantes du pays à prendre les mesures nécessaires qui détermineront si elles sont libres, équitables et des élections inclusives se tiendront dans un climat propice; si les tentatives de redémarrer l’économie et de remettre le pays sur une trajectoire de développement positive réussiront; et si le problème permanent de l’impunité sera enfin résolu.

Tirant parti de la complémentarité des diverses compétences partagées entre le BINUH et l’équipe de pays des Nations Unies, nous sommes prêts à continuer d’appuyer les autorités dans l’accomplissement de ces efforts et à accompagner Haïti dans ses efforts pour relancer le programme de développement durable. Pour remplir efficacement ces rôles, nous continuerons de transformer la façon dont nous travaillons, en utilisant plus efficacement les ressources politiques et programmatiques de l’ONU pour mieux surmonter les obstacles structurels insolubles qui empêchent des progrès significatifs et tangibles en Haïti.

Je vous remercie. »


HL/ HaïtiLibre

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