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La BRH arrivera-t-elle encore à stopper la décote de la gourde ?

Publié le 2021-01-29 | Le Nouvelliste

Sur son compte Twitter, la Banque de la République d’Haïti (BRH) annonce avoir injecté, jeudi 28 février, 12 millions de dollars américains sur le marché des changes. Aussi, la banque des banque a décidé de diminuer le poids de la restriction imposée aux banques commerciales concernant les ventes du dollar. « De ce montant, un maximum de 1 000 dollars peut être vendu aux ménages sans contrainte de virement à l’étranger pourvu que la transaction soit effectuée sur compte (non en espèce) », soutient la banque centrale.

Plus d’un s’interroge sur ces opérations d’Open market réalisées par la BRH. À quoi servent ces injections ? Quelle solution va-t-elle apporter à la dépréciation chronique de la gourde ? Le dollar sera-t-il moins rare sur le marché ? N’existe -t-il pas d’autres instruments pour stabiliser le change et donner un  peu de répit  à la monnaie locale et soulager ainsi les consommateurs du poids de l’inflation générée par  la dévaluation de la gourde ?

 
En décembre 2020, le gouverneur Jean-Baden Dubois avait annoncé lors d’une conférence de presse que la BRH allait intervenir sur le marché des changes à hauteur de 150 millions de dollars pendant les deux prochains mois. Au moment de faire cette annonce, le numéro un de la banque centrale avait révélé que près de 100 millions de dollars ont été déjà injectés sur le marché des changes depuis le début de cet exercice fiscal. D’aucuns se demandent pour quels résultats.

Si la BRH arrive à sécher une certaine quantité de liquidités avec ces injections, il n’en empêche que la gourde continue à se déprécier progressivement. Pour ce vendredi 29 janvier 2021, le taux de référence de la banque centrale est de 73,66 gourdes pour un dollar alors que la veille, il a fallu 72, 42 gourdes. La BRH n’arrive pas à répéter le même exploit réalisé en août et en septembre 2020 quand le taux de change avait atteint son niveau le plus bas depuis l’arrivée au pouvoir de Jovenel Moïse autour de 60 gourdes pour un dollar. Durant ces deux mois, la banque centrale révèle dans sa note sur la politique monétaire avoir procédé à des injections totalisant 164 millions de dollars sur le marché des changes.

Avec l’entrée en vigueur de la circulaire 114-2 de la BRH, ils sont environ 3 millions, les bénéficiaires des transferts de la diaspora qui n’ont plus l’accès facile au dollar. Les mesures du gouvernement portant sur l’obligation d’afficher les prix en gourdes au paiement et sur les marges bénéficiaires ne resolvent pas les problèmes que cette ladite circulaire ne peut attaquer. Pour l’achat d’un terrain, d’un véhicule neuf ou usagé, de matériel informatique ou pour le loyer et les frais scolaires dans certaines écoles, le dollar reste la monnaie de référence. Quand il faut les payer en gourdes, le taux de change imposé par le vendeur est de loin supérieur au taux de référence calculé par la BRH.

Ainsi, à cause de l’application effective de la circulaire 114-2, il y a trois millions d’Haïtiens qui ne peuvent plus répondre à des besoins que les dollars en tranfert de la diaspora leur permettaient de satisfaire facilement. Au lieu de protéger les couches défavorisées du pays qui resistent difficilement aux assauts du chômage et de la vie chère, cette mesure de la BRH n’a fait qu’ajouter une épine de plus à leur pied déjà endolori.

Sans aucun filet de protection sociale et privé de la manne verte des transferts, trois millions de bénéficiaires voient se réduire chaque jour davantage leur pouvoir d’achat et de consommation pendant que les banques et les bureaux de change continuent d’afficher une hausse démesurée du prix du dollar à la vente. Pendant que la banque des banques affiche un taux de vente de 73,66 gourdes pour un dollar, les institutions bancaires et les maisons de transfert et les bureaux de change affichent des taux allant de 80 à 85 gourdes pour un dollar. 

À qui profite ce commerce juteux? Pendant combien de temps la BRH va maintenir cette mesure au détriment d’une bonne partie de la population? 

Gérard Junior Jeanty
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