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Explosion de colère aux funérailles du policier Jimmy Boyard

Source Roberson Alphonse | Le Nouvelliste

 

 

A l’intersection de l’académie de police, à Frères, plusieurs barricades de pneus enflammés ont été érigées sur la chaussée, en milieu de journée, samedi 16 décembre 2017. Ceux qui cassent des bouteilles, dressent des pierres pour rendre impossible la circulation automobile ne sont pas inquiétés par des policiers administratifs. Ces chefs regardent ailleurs. En chœur, quelques dizaines de femmes portant des t-shirt blanc estampillés « Jimmy nou pote w nan kè nou » chantent qu’elles ne bougeront pas avant de trouver « un cercueil pour Jimmy », Jimmy Boyard, l’un des deux policiers de l’UDMO mortellement blessés lors d’un fiasco total, l’opération menée pour déloger des bandits, à Grand-Ravine, le 13 novembre dernier. Ces dames et d’autres participants aux funérailles du policier, en colère, scandent « polisye pa chen » « les policiers ne sont pas des chiens » en exhibant un bout de plywood du cercueil. A quelques centaines de mètres, à l’entrée du centre de formation de la police, il y a aussi des barricades de pneus enflammés et la couverture du cercueil bas de gamme dont la défectuosité, dit-on, a mis le feu au poudre.

La colère des policiers de l’UDMO et de quelques policiers administratifs est palpable. « Regarde comment est traité un policier mort en devoir, après onze ans de service à la police », hurle un agent de l’UDMO alors que la foule réclame un autre cercueil. Entre-temps, le corps de Jimmy Boyard, déposé en face de l’esplanade où la police reçoit, organise les parades, est entouré de membres de la famille, d’amis et d’une kyrielle de curieux indignés. Sanette Tousiac, sa cousine, s’énerve, apostrophe les responsables de la police. « Après onze ans, on donne une boite en carton pour enterrer Jimmy », balance-t-elle. « Nous n’acceptons pas que l’Etat enterre les policiers dans des boites en carton. Nous n’acceptons pas cela », fulmine Fritz Duval Boyard, le père de Jimmy Boyard debout, à côté d’une femme persuadée que le gouvernement méprise les policiers parce qu’ils sont issus de couches défavorisées.

Dans le brouhaha des revendications, à l’extérieur de l’Académie de police, un bruit monte, comme un signe de victoire. « Oui, oui, oui mon cher », dit un vieux monsieur en hochant la tête. Des hommes portent en courant un nouveau cercueil tandis que des policiers faisaient chanter leurs armes automatiques. Ils s’engouffrent à l’intérieur de l’académie de police dont l’accès n’est pas filtré. « C’est le pasteur San Rankin qui a donné le cercueil », se réjouit une femme en sueur. « C’est le pasteur San Rankin qui nous a donné un cercueil », a confié au journal le père du défunt Fritz Duval Boyard. Installé hier, le nouveau DDO/PNH, Berson Soljour est déjà en face d’une situation de tension. « La situation est ce qu’elle est. Nous la gérons. Nous avons parlé au directeur général. Nous avons pris un cercueil de qualité, la meilleure qui soit pour le collègue. Maintenant, avec la famille et les supporteurs, nous gérons la situation. N’oubliez pas que j’ai été investi dans mes fonctions hier. Nous apprécions la solidarité de la population. Nous la demandons de se calmer pour que l’on puisse inhumer dans la paix et la dignité le collègue tombé sur le champ de bataille » , a dit au journal le directeur départemental de l’Ouest, Berson Soljour, soulignant que selon ses informations, « c’est la famille qui a choisi le cercueil ». Ce n’est pas San Rankin qui a acheté le cercueil. Il renchérit. « C’est la famille qui a choisi le cercueil. Effectivement nous avons constaté que le cercueil n’est pas de bonne qualité.

Le directeur général m’a instruit de trouver le meilleur cercueil », a-t-il insisté à quelques pas de gens qui descendaient en flammes l’Etat major de la police, le président Jovenel Moïse et des parlementaires. « Ils seraient présents si c’est un bandit que l’on enterrait », a scandé l’un d’eux au moment où la foule chantait au Parc du souvenir. « Nous voulons que l’inhumation se fasse au Parc du souvenir, pas au cimetière de Frères », a exigé Fritz Duval Boyard. Sans cérémonie, la foule a porté le cercueil jusqu’au Parc du souvenir. Sur tout l’itinéraire, comme c’était le cas depuis des heures, des policiers ont fait chanter des armes de tous les calibres. « Polisye se dyòb sèkèy, poukisa tout mizè sa pou yo te bal yon bon sèkèy », a craché une vielle femme au moment de rentrer au Parc du souvenir où, en attention, sous les yeux de centaines de personnes, des policiers de l’UDMO, le responsable de cette unité et le nouveau DDO/PNH, Berson Soljour, ont salué la dépouille de Jimmy Boyard et chanté l’hymne national. « Il y a un vrai problème au sein de l’UDMO. Il y a un déficit de confiance entre l’unité et le commandement.

J’espère que l’incident d’aujourd’hui, révélateur d’autres malaises, sera pris en compte pour que l’on ait pas à offrir ce spectacle laid et embarrassant pour le pays, pour les responsables d’Etat et pour la police », a confié un policier, ami de Jimmy Boyard, qui compte lui aussi onze ans de service au sein de la PNH. Revenu d’Europe, le président Jovenel Moïse a été accueilli à l’aéroport international Toussaint Louverture par le Premier ministre Jack Guy Lafontant, d’autres membres du CSPN et l’Etat major de la police nationale d’Haïti, le samedi 16 décembre 2017. Ni le chef de l’Etat, ni les potentats du gouvernement et gradés n’ont emprunté la route de Frères au moment de cet incident. Autrement, ils seraient témoins d’un immense coup de colère provoqué par un cercueil bas de gamme pour le policier Jimmy Boyard, mort, selon le commandement de la police, en marge d’une opération qualifiée de fiasco et dont les funérailles ont été, à certains égards, un fiasco, une épreuve pour ses parents.

Les funérailles de l’autre policier ont été chantées à Carrefour. Plusieurs personnes ont été tuées à Grand-Ravine le 13 novembre. La police indique rechercher un policier de l’UDMO pour avoir abattu des gens non armés au collège Maranatha. L’enquête de l’inspection générale a recommandé une assistance psychologique pour les policiers impliqués dans cette opération.

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