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Décès du Dr Michaëlle Amédée Gédéon Système de santé défaillant : en moins de 15 ans, le budget du MSPP diminue de plus de 12%

Le décès tragique de l’ancienne ministre de la Santé, le Dr Michaëlle Amédée Gédéon, survenu le 22 août dernier faute de soins, lève le voile sur les inefficacités et les inefficiences de notre système sanitaire. La capacité du pays à prendre en charge ses patients en soins critiques est très limitée. Haïti ne dispose que de 30 lits en soins critiques. Avec la diminution accélérée du budget alloué à la Santé, tout porte à croire que celle-ci n’est pas une priorité. Le budget de la Santé est passé de 16,6% en 2004 à 4,4% en 2017.

Publié le 2018-08-24 | Le Nouvelliste

National -

Système de santé défaillant, moribond, expiré, inefficace… les qualificatifs sont nombreux pour définir le système sanitaire haïtien. Caractérisé par une mauvaise gouvernance, un sous-financement chronique, l’inaccessibilité aux services de santé et une offre de soins irrationnelle, le système sanitaire est dépassé.

Le décès de l’ancienne ministre de la Santé, le Dr Michaëlle Amédée Gédéon, qui a suscité moult réactions sur la Toile, n’est qu’un exemple de multiples Haïtiens victimes d’accidents de la voie publique et qui meurent quotidiennement faute de soins. Tout simplement parce que les hôpitaux en région ne sont que des éléphants blancs, ne disposent pas des services qu’il faut, n’ont pas de médecins sur place et ne peuvent pas faire la prise en charge des cas critiques.

Sur 570 sections communales, 122, soit 22%, sont dépourvues d’infrastructures sanitaires, selon un rapport du Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). Ceux qui en disposent ne valent pas grand-chose. Un sondage national mené par l’hôpital St-Luc et le Maryland Medical Center dans 39 hôpitaux haïtiens de plus de 6 lits a révélé que seulement 15 hôpitaux disposent d’une unité de soins intensifs (USI Niveau 1) pour un total de 90 lits (avec la possibilité de 45 patients intubés). 9 (60%) sont du privé, contre 6 (40%) du public. Néanmoins, les avancées de l’enquête ont pu montrer que seulement 5 des 15 hôpitaux arrivent à assurer une couverture médicale appropriée 24/24. Ce qui permet d’affirmer que, réellement, seulement 30 lits en USI seraient disponibles avec couverture 24/24 en Haïti.

« Avec 30 lits de soins intensifs disponibles au niveau de 5 hôpitaux à travers tout le pays (3 à Port-au-Prince), il est évident que, quelle que soit la personne qui aurait été dans la position du Dr Amédée Gédéon, elle aurait connu le même sort », a analysé le Dr Marc Edson Augustin, directeur médical de la Fondation St-Luc, en interview ce vendredi au journal.

Le pays a une insuffisance en capacité d’accueil pour la prise en charge des maladies critiques mais fait face aussi à un manque de ressources adéquates à être au chevet des patients. Les hôpitaux connus pour des services de soins intensifs fonctionnels sont : l’hôpital de Mirebalais, MSF de Tabarre, l’Hôpital de Milot, l’Hôpital Bernard Mevs, l’hôpital St-Luc, et peut-être le service de médecine interne de l’Hôpital Justinien », a détaillé le médecin.

Comme le mentionnait l’étude, l’ancienne ministre est décédée de trauma, l’une des cinq principales maladies graves enregistrées dans les urgences des 39 hôpitaux enquêtés à travers les 10 départements du pays. Le seul centre de traumatologie (MSF) capable de gérer une affluence de cas traumatiques avec 120 lits environ fermera ses portes bientôt.

Tout en saluant le départ pour l’au-delà du Dr Gédéon et en présentant ses profondes sympathies à sa famille, le Dr Marc Edson Augustin dit souhaiter que les résultats de l’étude de l’hôpital St-Luc et du Maryland Medical Center retiendront l’attention des responsables du MSPP. Il en a profité pour tirer une sonnette d’alarme sur la disponibilité très réduite de sang à la Croix-Rouge, incapable d’équiper les hôpitaux périphériques en produits sanguins dans ce contexte d’accroissement des cas traumatiques hémorragiques par accident de la voie publique.

La santé n’est pas une priorité en Haïti

Malgré les besoins en matière de santé, la part du budget de l’État allouée à la santé n’a cessé de diminuer pendant les 12 dernières années. Le budget de la Santé est passé de 16,6% en 2004 à 4,4% en 2017. La Banque mondiale, dans son rapport sur le financement de la santé intitulé « Mieux dépenser pour mieux soigner : un regard sur le financement de la santé en Haïti », a souligné que le secteur de santé a besoin de plus d’investissements publics et d’une meilleure allocation des dépenses pour améliorer l’accès aux soins pour tous les Haïtiens.

Outre les soins critiques, l’accès aux soins de santé primaires et préventifs demeure aussi faible. Selon les données statistiques de 2016 publié par le MSPP, seulement 31% de la population a accès aux soins de santé. Si la Constitution haïtienne garantit le droit à la santé à toute la population, celui-ci reste un idéal. Au regard de la diminution accélérée du budget alloué à ce secteur, tout porte à croire que la santé n’est pas une priorité.

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